Présentation du projet de recherche Retro-Color 3D

Le projet Retro-Color 3D, financé par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Université Bordeaux Montaigne, est porté par l’UMS 3657-SHS 3D du CNRS, Archéovision.

Il a pour objet de proposer une méthodologie (ou un ensemble de méthodologies) permettant de rendre compte le plus justement possible des couleurs originales d’objets archéologiques dans les modèles 3D, dans le domaine de la sculpture et de l’architecture. En effet, si la restitution des volumes est désormais bien au point, celle de la polychromie soulève des problèmes complexes et n’a pas encore fait l’objet d’une réflexion permettant de définir des procédures précises.

L’approche transculturelle délibérée du programme Retro-Color 3D permet à la fois de dialoguer avec des spécialistes de périodes variées et de valider la pertinence des procédures en fonction de contextes spécifiques divers.

Le processus qui s’est mis progressivement en place a été appliqué, avec quelques variantes, à 3 cas d’étude concrets, afin d’en valider la pertinence et l’efficacité :

  • • L’Ange porteur de Lune du Portail Royal de la Cathédrale Saint-André de Bordeaux
  • • Le Triclinium de la maison de Neptune et Amphitrite à Herculanum (associé à l’ANR Vesuvia)
  • • Le Buste d’Akhenaton du Louvre (inv. E11076)

Ange porteur de lune, détail du tympan.

Enjeux du programme

Le Programme Retro-Color 3D comporte plusieurs enjeux à la fois en termes de recherche et en termes de valorisation :

Enjeux liés à la recherche :

Le fait de tenter de restituer le manquant, ce qui a disparu d’un édifice ou d’une œuvre, oblige à se poser certaines questions que l’on peut se permettre d’éluder lorsque l’on s’en tient à étudier l’objet sans chercher à en reconstituer la forme, l’aspect ou les couleurs. Mais surtout cela nécessite d’y trouver une ou plusieurs réponses, d’opérer des choix, en essayant d’être le plus juste possible afin de proposer des hypothèses cohérentes. Cette démarche qui implique de faire des choix (parfois multiples) aide donc à avancer dans la connaissance : il y a là un enjeu fondamental d’un point de vue heuristique.

Le numérique permet également de produire plusieurs hypothèses simultanées, de travailler par « calque » dont l’intérêt pour un véritable dialogue scientifique est loin d’être négligeable, permettant de valider les phases successives de la reconstitution.

Par ailleurs le programme rassemble des partenaires issus des SHS et des STICS et se construit sur une approche pluridisciplinaire (archéologie, histoire de l’art, lettres, informatique, optique, physique-chimie…)

Enjeux en termes de valorisation (à destination du grand public ou des chercheurs) :

Les modèles 3D permettent de mettre en évidence la progression de la recherche, sans livrer un résultat définitif et sans appel. Et de mettre en évidence de façon différenciée :

  • • l’existant dont on est sûr
  • • le probable que l’on a déduit de données scientifiques variées (mesures, sources documentaires…)
  • • le supposé qui permet de donner à l’objet étudié sa cohérence d’ensemble (degré de restitution à définir)

L’outil numérique offre également la possibilité de proposer une source d’informations, grâce à des modèles 3D documentés. On peut en effet y incrémenter un ensemble de renseignements, de sources documentaires, qui montrent comment on a pu aboutir aux hypothèses proposées : photos d’archives, analyses de pigments, macro-photographies, attestations textuelles, mesures colorimétriques, etc.

Le buste d'Akhenaton, conservé au musée du Louvre.

Méthodologie

Une méthodologie transversale a été mise en œuvre, avec quelques variantes, pour les 3 cas d’études :

  • • Collecte des données disponibles : documentation ancienne et récente, photographies, analyses, parallèles, etc.
  • • Cartographie des zones colorées sur l’objet
  • • Reconstitutions matérielles par expérimentations à partir des pigments décelés et des/ de la technique(s) susceptible(s) d’avoir été mise(s) en œuvre, permettant de définir à la fois les couleurs et les effets de matières produits par les différentes techniques, afin de se faire une idée des aspects de surfaces telles qu’elles sont lorsqu’elles viennent d’être produites et non après que le temps y a laissé ses traces de vieillissement, de restauration, etc. (Ces expérimentations sont réalisées dans le cadre du projet ou ont été réalisées en amont)
  • • Mesures colorimétriques : réalisées à l’aide d’un spectrophotomètre ou de photographies calibrées, ces mesures permettent d’obtenir les coordonnées chromatiques à partir desquelles sera réalisée la restitution colorée
  • • Définition d’une palette de couleurs, numérique, à partir de ces données.
  • • Peinture numérique : choix des logiciels et prise en main des outils numériques. Cette étape permet la comparaison des gestes et procédés équivalents à la réalisation matérielle et ceux qui au contraire sont une sorte de « transgression » des gestes originaux pour arriver à un résultat efficace, par simulation, d’une façon plus efficace.
  • • Valorisation : réintégration des résultats obtenus dans leur interface de destination.

Vue des murs est et sud du triclinium de la maison de Neptune et Amphititre, Herculanum.





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